Dimanche 8 avril 2012
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A ce moment une troupe d'étrangers sortit de l'hôtel ; le baron se précipita et leur parla dans leur langage. Il m'appela ensuite
:
- Vous le voyez, je suis polyglotte. Mais venez avec nous. Je vais exécuter à ces touristes une antiopée résumée, quelque chose comme un sonnet amphionique. C'est
un des morceaux qui me rapportent le plus. Il est intitulé : Lutèce, et, grâce à certaines licences non poétiques mais amphioniques, il me permet de montrer tout Paris en une
demi-heure.
Paris - Stonehenge, 1er Almanach du temps mobile, Thaddée (collage mixte)
Nous montâmes, les touristes, le baron et moi, sur l'impériale de l'omnibus Madeleine-Bastille. En passant devant l'Opéra, le baron d'Ormesan l'annonça à haute
voix. Il ajouta, en indiquant la succursale du Comptoir d'Escompte :
- Palais du Luxembourg, le Sénat.
Devant le Napolitain, il dit emphatiquement :
- l'Académie française.
Devant le Crédit Lyonnais, il annonça l'Elysée, et, continuant de cette façon, il avait montré, lorsque nous arrivâmes à la Bastille : nos principaux musées,
Notre-Dame, le Panthéon, la Madeleine, les grands magasins, les ministères et les demeures de nos hommes illustres morts ou vivants ; enfin, tout ce qu'un étranger doit voir à Paris. Nous
descendîmes de l'omnibus. Les touristes payèrent largement le baron d'Ormesan. J'étais émerveillé et je le lui dis. Il me remercia modestement et nous nous quittâmes.
L'hérésiarque & co, le guide, Guillaume Apollinaire, 1910
A suivre.